Chambre avec vue depuis la Sud Est Pic du Midi d’Ossau

en partenariat avec Dragon64

Mercredi 1er septembre 2010, par stephane // Escalade, Alpinisme

Dimanche matin André, Serge, Hélène et Stéphane sommes partis faire les 14 longueurs de cette belle voie mythique de ce si beau sommet. Départ 7 h 30 des voitures, alors que les premiers rayons du soleil irisent les deux pointes de ce sommet qui nous attire toujours autant. Nous faisons la marche d’approche avec d’autres équipes d’Alpinistes, qui, passé Pombie se répartissent entres les nombreuses voies de la face Sud.

Nous attaquons la première longueur vers 9 h 30 sous un soleil radieux. André et Serge forment la première cordée, Stéphane et Hélène suivent. André, qui a déjà parcouru deux fois cette voie n’est pas très bien réveillé et tâtonne un peu au départ avant que les souvenirs lui reviennent. Mais heureusement, nous avions préparé un topo bien précis qui nous ramène sur les bons passages.

Une autre cordée de deux nous rejoint. Et nous grimpons à 3 cordées dans la voie. Les longueurs s’enchainent, toutes plus belles les unes que les autres et toujours très variée sur un bon rocher : escaliers, dulfer, dalle, surplomb, les mouvements d’escalade sont variés. Les équipements sont toujours aussi rares mais dans les points stratégiques, on trouve de bons pitons.

Nous sortons sur l’Aiguille Jolly vers 18 heures absolument enchantés. Là, étant un peu fatigués nous décidons de descendre en rappel par la voie des surplombs au lieu de prendre les vires. Tout se passe bien jusqu’au 10 ° et avant dernier rappel, dans lequel la corde se coince dans une fissure. Il est 17 h 30 et personne ne nous suit, l’autre cordée étant passée devant. Malgré tous nos efforts pour décoincer la corde, y compris par moufflage double, nous nous retrouvons coincés à une quarantaine de mètres de la Grande Raillère. Dédé a alors l’idée de sacrifier la corde et de rabouter les deux bouts que nous pouvons attraper en remontant dans la cheminée. Nous sortons deux brins totalisant entre 30 et 35 m que nous installons en fixe. Il nous faudra passer un nœud à la descente mais nous espérons alors en sortir alors que la nuit vient de tomber. Hélas, ce brin de corde s’arrête sur une vire surplombant un mur de 7 m de haut, lui-même donnant sur des vires qu’il est possible de désescalader. C’est la guigne !!! Là nous savons que nous allons passer la nuit en paroi …. Nous nous regroupons sur une vire de 3 m² et nous longeons sur des sangles formant un relais. La fraicheur tombant et étant en tenue d’été, nous nous enveloppons dans les couvertures de survie. Au portable, Dédé arrive à joindre Anne. Il est plus de 9 heures 30, et, inquiète elle a prévenu les secours. Justement le CODIS nous appelle. Nous expliquons la situation, que nous pouvons passer la nuit dehors. Vu que le ciel est bien clair, le CODIS va, malgré tout, tenter l’hélitreuillage de nuit. Nous recevons la consigne d’éteindre les frontales incompatibles avec la vision de nuit par jumelles infrarouges, de ranger les couvertures de survie et d’endosser les sacs. Vers 22 h 30, le bourdonnement du Dragon résonne dans la vallée. Nous sommes remplis d’espoir, surtout Hélène qui doit embaucher à un nouveau travail Lundi matin. Le C145 fait un tour de reconnaissance, nous localise immédiatement et se met en stationnaire au dessus de nous. Les pales si proches de la paroi nous font frémir d’admiration. Un secouriste descend sur un treuil, mais il est à 5 mètres de nous et nous ne pouvons l’attraper. Nous sommes en effet situés sous un léger surplomb. Le pilote tente alors de se rapprocher, sans succès. Le secouriste tente alors à plusieurs reprises de nous lancer une corde pour que nous puissions descendre de manière autonome. Hélas, le souffle des pales envoie la corde par le bas... Au bout de cinq tentatives, nous voyons Dragon s’éloigner et repartir dans la vallée. Nous sommes déçus, bien sur mais notre situation, certes inconfortable ne justifie pas la prise de risques inconsidérée. Le CODIS nous rappelle et nous dit qu’une nouvelle tentative sera effectuée vers 7 h 30, au lever du jour et si l’hélitreuillage reste impossible, des secouristes seront déposés sur le pierrier et graviront la première longueur nous séparant du sol.

Notre installation sur la vire est précaire (mais absolument sure) : il nous est impossible de bouger et la température, à 2300 m descend d’heure en heure. Nous nous consolons en admirant la vue sur le Balaïtous, les Frondellas, Palas, Lurien … sous une nuit au clair de lune étoilé et sur une mer de nuage. Jupiter est juste en face de nous à hauteur de regard. Je me dis que finalement l’Ossau nous aime bien et nous a gardés une nuit chez lui. C’est une nuit spartiate mais malgré tout assez magique. Passé trois heures nous ne somnolons quasiment plus car il nous faut grelotter pour nous réchauffer. De plus le refroidissement nocturne entraine un effet de brise orographique qui passe sous les couvertures. Les heures passent alors lentement…

Nous admirons donc le lever du jour est tout aussi magique que la nuit. Les premiers rayons du soleil apparaissent enfin supprimant toute sensation de froid. A peine réchauffés, le ronronnement de Dragon 64 retenti dans la vallée, exactement à l’heure annoncée.

Le jour permet à l’hélico de passer au dessus du surplomb (la proximité de l’appareil et de la paroi nous fait frémir) et de descendre davantage que la nuit le secouriste sur le treuil. Celui-ci descend droit sur moi et à peine il me tend une main que j’attrape vigoureusement, qu’il clippe Hélène et moi, et aussitôt nous nous élevons dans les airs face à l’Ossau … avant d’être déposés au refuge. Serge et André sont aussitôt héliteuillés.

L’hélico se pose alors et nous prenons avec nos délivreurs, un café au refuge. Nous remercions encore toute l’équipe du CODIS. L’opération a été menée si précisément et rapidement, la gentillesse et le sourire en plus. Merci les gars !!!!

Avant de repartir, Léon, gardien du refuge nous dis que ce rappel est problématique pour le coinçage de corde et qu’il faut mieux bifurquer sur la droite dans une autre ligne de rappels… à bon entendeur … Sinon, ne pas rater un relais intermédiaire qui permet de raccourcir ce rappel trop long. Il ne faudrait pas non plus nous prenions l’habitude au caf Oloron de faire des retours de l’Ossau en hélico ….

Dédé et Stéphane

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