Traversée Chamonix Zermatt

Jeudi 1er avril 2010, par stephane // Rando, raquettes, ski de rando

Initialement prévu à 7 le groupe est parti à 5 participants pour la mythique traversée reliant le Mont Blanc au Cervin. Bruno, Christophe, Denis, Michel et Stéphane se sont retrouvés à Chamonix Samedi sous une pluie battante et des températures élevées. Première conséquence : l’accès au gîte la Boerne par la route du col des Montets était fermé et nous nous sommes retrouvés pris au piège de Montroc au milieu de centaines de véhicules tentant de rallier Vallorcine. Le lendemain matin, météo encore pire : pluie dense, vent, relief bouché à 2000 m, avalanches de fonte de grande ampleur avec pour conséquence une remontée du risque d’avalanche de 2 à 4 et la fermeture des remontées mécaniques.

Nous décidons donc de rallier Orsières – le Chable … en voiture. Après deux heures d’attente pour le passage sous le col par le tunnel ferroviaire nous arrivons à Champex où nous passons la nuit dans un chalet partenaire du Club Alpin Suisse. L’après midi se montre clémente et au bord du lac nous élaborons toutes sortes de plans variantes en fonction des conditions attendues pour le lendemain : reprendre le parcours prévu (A), faire une variante par la cabane de Valsorey (B), aller faire du ski rando ailleurs (C), rentrer à Oloron (D’) …

Lundi matin, l’OT d’Orsière nous annonce la réouverture partielle des remontées, mais au Chable, la liaison vers le col des gentianes (2900m), début de l’étape n’est pas ouverte et la sécurisation des pistes en cours ne permet pas de le rejoindre à skis depuis le col de la Chaux (2250 m). Au guichet, les guides s’énervent et nous décidons d’aller prendre un café le temps de voir. Le moral est au plus bas. La météo annonce cependant du grand beau temps de Mardi à Jeudi, puis une forte dégradation pour vendredi. Coup de théatre, on nous annonce la réouverture de la liaison, le moral remonte et nous partons tout excités. Les remontées mécaniques nous font survoler les avalanches de grande ampleur ayant entraîné le manteau jusqu’à l’herbe. Arrivés au col, le temps est magnifique au dessus de la mer de nuages. Comme annoncé par le bulletin de nivologie, au dessus de 2600 m la neige a été peu affectée et 5 cm de peuf sont même venu amender la couche durcie. Nous commençons à repérer les groupes faisant la traversée : un guide de chamonix avec un groupe de 7 assez sportif, un guide à casquette avec un groupe essentiellement composée de filles au rythme lent mais régulier ce qui lui permet de s’en griller une à chaque pause et deux hongrois encadrés par un guide magyar. Nous prenons ravis la direction de la cabane de Prafleuri vers 10 heures via un crochet sur le Pic de Rosablanche (3330 m). Ayant une journée magnifique devant nous, nous nous délectons de chaque passage à un point remarquable. Au sommet, nous sommes éblouis par le panorama : Mont Blanc, Cervin, Dent Blanche, Dent d’Hérens, Grandes Jorasses, Droites, Courtes, Aiguilles Verte, d’Argentière et tant d’autres … La descente de Rosablanche est superbe, dans une neige légère et vierge jusqu’à 2500 m. Seul Bruno ayant monté ses skis sur l’arête sommitale a bien raclé les rochers en voulant nous faire une vidéo destinée au prochain festival de la montagne. A l’apéro, Denis se trouve invité avec les guides par la gardienne de la cabane à déguster un verre de Blanc de Fendant. Ceux-ci ignorent superbement les montagnards sans Pin’s ; nous sommes le seul groupe autonome. En revanche, ils s’échangent les clients : je te refile deux boulets et tu m’en passes deux qui vont bien …

Le lendemain nous partons de Prafleuri vers la cabane des Dix sous un horizon sans nuages. C’est une étape à plus basse altitude avec une longue traversée à 2400 m le long du lac éponyme à la cabane. Nous bataillons pas mal pour traverser les nombreuses coulées durcies. En revanche, bonne nouvelle, le passage du Chat s’avère aisément franchissable. Aussi, avant midi nous avons rallié la cabane à 2925 m sous le Mont Blanc du Cheilon. Après une pause casse croûte, nous partons pour le Pic de la Luette situé à l’est à 3540 m. Nous rencontrons là haut le sympathique Patrick Cool multi participant à la patrouille des glaciers parti le matin d’Arrolla par le passage de la Chèvre avec sa cop’s Violetta qu’il a laissé bronzer à la cabane. Nous descendons encore dans une neige a peine transformée malgré la chaleur. Bruno fait une superbe descente dans la face Nord Est de l’antécime de la Luette. A l’arrivée, Pat Cool nous présente Violetta qui, nous voyant joyeux et sympathiques, a de suite envie de venir cet été dans les Pyrénées … Entre deux bières, elle nous conseille un bon restaurant à Zermatt le Stockhorn.

A la cabane des Dix, nous commençons à discuter avec les guides.

Le lendemain s’annonce sans nuages. Nous attaquons la montée du glacier de Cheilon et du col de serpentine par une petite bise. Les peaux de Christophe se sont refroidies pendant la descente de la cabane au plateau. Michel le guide lui prête du sparadrap pour faire une efficace réparation de fortune. Le passage clé du col s’effectue en crampons. Tous les autres groupes s’encordent mais nous nous accordons pour considérer qu’au vu l’état de la neige et de la glace ramené à notre niveau ne justifie pas de s’encorder. Nous doublons les cordées dont les membres laissent la corde faire des nouilles au sol … pourvu que personne ne dégage sinon la cordée y passe … Arrivés au col, nous voyons les premiers nuages monter même si l’on continue d’admirer Mont Blanc et Cervin.

Au sommet de la Pigne d’Arrola (3775 m) nous prenons quelques risées et les sommets commencent à s’accrocher. Philippe, le guide du groupe rapide, nous proposent de nous prendre en photo. Puis nous décidons de descendre au plus vite tant que la visibilité reste bonne. La neige est agréable à skier mais elle est déjà un peu cartonnée par le vent. Nous skions à vue entre les éclaircies et tombons directement sur la cabanne des Vignettes à 3160 m. Il est midi, nous regardons depuis la galerie couverte du sous sol de la cabane le vent se lever et le Grand Combin s’accrocher. La dégradation arrive visiblement avec une bonne journée d’avance !

Nous passons l’après-midi à entrer des points dans le GPS et à refaire des plans sur la comète : filer directement sur Zermatt en grillant l’étape de la Cabane Bertol, rallier Bertol en passant par Arolla … Nous nous disons que nous prendrons une décision au col de l’évêque à 3482 m : filer sur Zermatt ou aller à Bertol ou encore redescendre simplement à Arolla. En lisant un ouvrage sur la Haute Route Chamonix Zermatt nous découvrons une page sur Michel, le guide Fumeur, avec a son actif 80 traversées … Le soir Christophe l’invite à partager le génépi. Il nous raconte ses expériences de la traversée. Le vent qui souffle n’annonce, pour lui, rien de bon. Il nous explique que tenter la directe sur Zermatt depuis le col l’évêque nécessite d’être sur d’avoir une solide fenêtre météo, le col de Valpelline étant pomatoire et les 300 m de glacier vers Zermatt farcis de crevasses géantes … Il nous conseille plutôt d’aller sur Bertol car la remontée est abritée et le vendredi matin, nous verrons bien … Denis adhère de suite à ce plan ! Il est tellement séduit par le confort des toilettes sèches qu’il souhaite continuer à profiter encore un peu de cette sensation de douce ventilation de son séant … L’autre guide Philippe décide de rallier directement Zermatt et nous propose de nous pendre dans son bus si nous faisons de même … Nous apprécions l’intention, mais ne sommes pas garés à la benne des Grands Montets comme prévu, mais à Orsières.

La nuit nous entendons les murs craquer sous la pression du vent. Le matin, la messe est dite ! Tous les groupes décident de descendre directement à Arolla. Le vent est si fort qu’il nous faut attendre une heure avant de quitter la cabane, « c’est serpentins et cotilllons » à tous les étages. Finalement nous partons vers 7 h 30 et profitons de la couche fraîche tombée pendant la nuit. La visibilité est relativement bonne bien qu’aléatoire et skions à vue. Le vent du sud n’est pas froid et plus on descend plus il fait chaud, alors nous profitons a fond de ces 1300 m de descente dans la peuf. A Arolla, il neige à gros flocons. Dans le bus qui nous ramène nous passons en quelques kilomètres dans le grand bleu doux dès Sion. Toutefois, les drapeaux modèrent notre déception : le ciel nous donne envie de repartir dans la montagne mais le vent est si fort …

A nouveau, nous refaisons des plans pour revenir prochainement terminer cette traversée par des variantes … toujours autant d’imagination et d’envie chez les Oloronais…

Denis et Stéphane

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